Lors des Games Awards 2024, Milestone a surpris tout le monde en annonçant un reboot de son troisième jeu vidéo : Screamer. Mais dès la première vidéo, on sentait que la direction artistique et le style général n’avaient rien à voir avec la création de Graffiti (nom du studio à l’époque). 18 mois plus tard, le bébé vient de sortir sur consoles et PC. Un pari très osé de la part du studio italien, mais est-ce suffisant pour s’installer comme une référence dans un marché du jeu vidéo d’arcade de plus en plus vide ?
Screamer, un anime à la sauce Burnout.
En 1995, Screamer proposait sur PC ce que l’on trouvait sur consoles. Un jeu vidéo de course arcade intense avec les voitures les plus impressionnantes de l’époque (F40, Bugatti EB110…) et sur des circuits variés aux quatre coins du monde. Une sorte de Ridge Racer version occidentale sur PC. En 2026, Milestone ressort du placard cette licence oubliée mais en change totalement la formule ! Si vous aviez joué au premier opus, attention au choc !
Ce reboot casse les codes et tente de séduire un nouveau public fan d’animes. Dans Screamer 2026, l’histoire se déroule dans une ville futuriste nommée Neo-Rey. Un tournoi de courses illégales et dangereuses y est organisé par un mystérieux “Mr.A”. Dans ce tournoi, on retrouve plusieurs équipes aux motivations différentes. Ainsi s’affrontent les Green Reapers, la Strike Force Romanda, les Jupiter Stormers, les Kagawai Kai et l’Anaconda Corp. Chaque équipe a donc des motivations différentes (pouvoir, gloire, vengeance…) et des personnages originaux, très variés et de nationalités différentes. Le tout est donc mis en scène et présenté façon anime/manga. Certaines de ces personnalités, comme l’exubérante Lavinia, sont de véritables pépites. Mais malheureusement, le jeu souffre d’une mise en scène lourde et peu convaincante.
Déjà, à l’instar de nombreux jeux japonais et/ou RPG, chaque réplique de dialogue doit être enchaîner manuellement. Alors oui, Milestone permet de faire ça automatiquement ou de zapper totalement les scènes, mais cela reste assez indigeste à la longue. A moins d’être archi-fan de ce style, il est difficile de se plonger dans l’univers avec plaisir. Les personnages sont très bavards et les séquences “cinématiques” sont très nombreuses. Avant et après chaque course du mode Tournoi (le mode histoire), nous avons le droit à ces interminables dialogues entre les différents personnages du jeu. Alors oui, c’est idéal pour développer l’univers et offrir de la consistance à l’histoire mais malheureusement, avec cette mise en scène, cela devient lourd et rébarbatif. Dommage, car Milestone aurait pu nous offrir l’une des meilleures histoires dans un jeu vidéo de course depuis bien longtemps !
Le mode Tournoi se divise en quatre actes et devrait vous occuper pendant quelques heures. La partie scénarisée du jeu reste indispensable car elle permet d’appréhender le gameplay et surtout de débloquer une grande partie du contenu. Par contre, pour certains, cela risque de tourner au calvaire… Heureusement, le mode arcade nous attend et il est beaucoup plus attrayant ! En fait, le potentiel de ce Screamer 2026 se révèle dans le mode arcade !
En Arcade, le jeu se transforme en une sorte de Burnout futuriste et les courses deviennent tout de suite plus intenses. Vous pourrez varier les plaisirs grâce aux différents types de course proposés dans cette section du jeu :
- Course en solo : une course contre des adversaires sur un circuit prédéfini avec les paramètres de base ou des paramètres personnalisés, à vous de choisir.
- Course en équipe : affrontez d’autres équipes (duo ou trio) pour des courses intenses et prenantes, le moindre point compte pour gagner !
- Défi score : lancez vous dans des séries de courses avec des défis spécifiques ou des affrontements de boss, de l’arcade old school pur jus.
- Défi overdrive : maintenez l’Overdrive actif le plus longtemps possible et allez le plus loin possible sur le circuit.
- Multijoueurs : affrontez vos amis sur la même console (jusqu’à 4 joueurs en local, c’est génial) ou sur internet.
Si la durée de vie est donc plutôt bonne, le contenu reste limité face au faible nombre de voitures et de circuits. Il faut dire que les Forza Horizon nous habituent désormais à un contenu gargantuesque. Un mode personnalisation est là pour apporter un peu de variété et confirmer la présence du tuning dans le jeu, mais cela n’apporte pas vraiment d’intérêt au titre de Milestone. A l’inverse, la possibilité d’inventer sa propre voiture aurait eu plus d’impact.
Screamer, une autre vision de l’arcade.
Le nouveau jeu de Milestone est un titre qui va diviser, c’est certain, en plus de sa DA et de son mode histoire, l’autre point de discorde sera le gameplay. Si le jeu se veut arcade, il est loin d’être aussi accessible que le genre peut le laisser entendre.
Première nouveauté de Screamer, les dérapages gérés avec les deux joysticks. Une idée reprise du très sympathique Monster Jam Showdown, sorti en 2024 et développé par… Milestone ! Le joystick droit sert à incliner la voiture et travailler le drift tandis que le joystick gauche est là pour contrôler la motricité et la vitesse, comme d’habitude. Les débuts seront sûrement un peu galère mais une fois appréhendée cette méthode offre plus de dynamisme dans les drifts. Il y a un vrai côté “film d’action” quand on réussit à bien drifter avec les deux joysticks, c’est presque jubilatoire.
L’autre grosse nouveauté du gameplay est l’instauration du système Echo. Une création futuriste dans l’univers du jeu mais qui a un véritable impact sur toute l’architecture des courses. Ce système qui, dans la réalité du jeu permet d’éviter la mort en course, propulse le joueur dans une double dimension d’utilisation des ressources de boost. En effet, chaque voiture possède deux types de boost : Sync et Entropy. Le Sync est un boost classique de vitesse. Le deuxième permet de gérer attaque et défense. Ainsi, en Entropy, vous pourrez attaquer vos adversaires avec le “Strike” (un boost offensif qui détruit la voiture devant vous) ou vous défendre avec le bouclier et ainsi contrer le strike des autres. Si vous laissez la jauge Entropy se remplir totalement, vous pourrez activer le mode overdrive. Celui-ci, comme la fusée dans Mario Kart, vous permet de devenir invincible, de remonter vos adversaires avec un gros boost et donc de gagner de nombreuses places. Attention, l’Overdrive vous fait exploser à la fin ! Il faut donc être stratégique pour ne pas perdre tout ce que vous avez gagné en l’utilisant.
Pour remplir ces jauges de boost, vos actions en course (drift, aspiration, attaques) sont utiles. A vous aussi d’activer le passage de vitesse au moment opportun pour “mettre en banque” un max de boost. C’est un peu le Maillon Faible version course automobile.
Vous l’aurez donc compris, le gameplay de Screamer est très original. Pour cela on peut saluer le travail des développeurs de chez Milestone. Malheureusement, à l’inverse d’un Split Second par exemple, cette originalité se paie par un certain manque de lisibilité et d’accessibilité. Ce qui est regrettable pour un jeu arcade. D’autant plus que quelques petits défauts viennent plomber le gameplay et donc le plaisir de jeu. C’est le cas de l’IA adverse, qui est très agressive et se montre bien plus efficace que vous, à moins d’utiliser “le bon personnage”. Le comportement des voitures est assez lourd, notamment dans les virages, et on a toujours tendance à partir au large. Ce qui nous amène à un autre point : les bords extérieurs aux routes ralentissent fortement votre voiture. Ce n’est pas comme en rallye (en Suède) où l’on peut s’appuyer sur les murs de neige pour replacer la voiture. A l’instar de Hot Wheels Unleashed (aussi développé par Milestone), on se retrouve trop souvent ralenti par les bords de la piste. Encore une fois, pour un jeu arcade, c’est vraiment dommage.
CyberScreamer, en manque de personnalité ?
Depuis 4-5 ans, la mode du néon et du futuriste est on ne peut plus omniprésente dans le jeu vidéo. C’est l’un des symptômes du manque de diversité actuel du secteur. Pourtant, dans le petit monde des jeux vidéo de course, c’est presque une nouveauté. Screamer surfe donc sur la mode avec son style “Cyberpunk” pour sa ville de Néo Rey. Malheureusement, c’est tellement vu ailleurs que cela inhibe le côté “nouveau” pour ce genre de jeux. En tout cas, les développeurs italiens prouvent une fois de plus la volonté d’avoir une direction artistique forte et différente des autres. Ils assument et on ne peut que les féliciter pour. Graphiquement, l’ensemble du jeu est d’assez bonne facture. Les voitures sont plutôt bien modélisées et possèdent des détails sympathiques (comme une Go Pro) qui collent à la personnalité des pilotes. C’est très appréciable. Néanmoins, les décors manquent de détails et de vie. L’ensemble fait parfois assez vide, surtout dans certaines zones. On est très loin d’un Trail Out (FlatOut-like indépendant qui vient de sortir sur PlayStation 5) par exemple. Bref, c’est joli mais cela manque de plus pour vraiment éblouir le joueur.
Techniquement, le jeu de Milestone est de très bonne qualité. Le titre est fluide malgré parfois des explosions dans tous les sens à grande vitesse. Il n’y a pas vraiment de bugs. Lors de notre session de test nous avons juste dû recommencer une course pour cause de boost qui ne s’activait plus. Seul bémol technique, l’IA assez aléatoire et plutôt frustrante, dommage.
Terminons en évoquant la bande-son du jeu. C’est l’un des points forts de ce reboot de Screamer. La musique est assez variée (même si très japonisante) et se lie parfois au style des personnages, un réel plus. Bref, encore une fois, le titre se veut original et avec une direction artistique forte et cela se ressent aussi avec la bande-son. Autre choix fort au niveau du jeu, chaque personnage parle dans sa langue natale ! Ne soyez donc pas surpris d’entendre de l’allemand, de l’anglais, du français, de l’italien et du japonais ! Cela surprend au début mais après cela s’impose comme un élément fort du jeu. Lors des courses, des musiques d’ambiance viennent également agrémenter vos courses et les rendre plus palpitantes. Les fans de Mario Kart reconnaîtront quelques notes musicales très proches, un clin d’œil qui montre aussi une certaine inspiration dans la licence phare de Nintendo. Seul regret, les bruitages des voitures qui manquent, eux, de personnalité, à l’inverse du jeu.
Screamer : un bilan contrasté.
Quel bilan pour le nouveau titre de Milestone ? Et bien il est contrasté. Ce Screamer 2026 a une personnalité originale et forte, tout l’inverse du jeu de 1995. On ne peut le nier et on ne peut d’ailleurs qu’applaudir les choix forts et assumés du studio italien. Mais il est indéniable que cela ne va pas plaire à tout le monde. Pour certains ce sera la révélation, pour d’autres la déception. En fait, il n’y aura pas d’entre deux : soit vous aimez Screamer soit vous le détestez ! Pour un jeu arcade c’est assez rare. Le pari est osé et risqué de la part des développeurs. Mais ce qui est certain, c’est que leur jeu ne passera pas inaperçu, d’autant plus que le monde du jeu de course arcade est de plus en plus vide. Avec un gameplay peut être plus accessible et encore plus de fun en course, le résultat aurait pu être plus savoureux. De plus, le mode “histoire” du jeu dessert la cause et donne plus envie d’arrêter que de continuer. C’est une déception car le scénario avait tout pour casser la baraque et captiver le joueur. Preuve qu’être trop original peut parfois jouer contre vous. Screamer 2026 est donc à la fois une déception et à la fois une révélation. A chaque joueur de se faire sa propre opinion et de voir s’il peut passer outre les points rebutants du jeu.
Notes :
Graphismes : 7/10
Bande Son : 8/10
Technique : 9/10
Prise en mains : 5/10
Plaisir de jeu : 5,5/10
Durée de vie : 7/10
NOTE GLOBALE : 7/10
Les + :
- Original et avec une vraie personnalité
- Le drift à deux joysticks
- Bande-originale
- Multijoueur local
Les – :
- Des choix forts qui risquent d’en repousser certains
- Le mode tournoi tellement bavard et insipide
- Frustrant et pas toujours fun
- Arcade mais pas forcément accessible
- Contenu assez limité au final
Article publié le 26/03/2025 à 16h45
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