Connaissez-vous le Batman français de DC Comics ? L’histoire dingue de Nightrunner, justicier du 93
Oubliez la tour Eiffel, le verre de vin rouge et le béret vissé sur la tête : trop cliché ! Quand l’éditeur américain DC Comics décide de doter la France de son propre représentant officiel sous la bannière Batman Incorporated, il ne fait pas appel aux clichés poussiéreux d’un autre siècle. Alors, direction la Seine-Saint-Denis, entre les tours de béton, les toits en zinc et le macadam des cités. Son nom ? Nightrunner (traduit par chez nous sous le nom de Parkoureur). Son identité ? Bilal Asselah, un jeune de 16 ans d’origine algérienne et de confession musulmane, spécialiste de l’art du déplacement.
Si sa création en 2010 a provoqué un séisme sur le web conservateur américain, le personnage demeure l’un des ajouts les plus fascinants de la maison DC. Dudacieux et ancrés dans le réel de la mythologie du Chevalier Noir. Retour sur le destin exceptionnel du Batman francilien.
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Du bitume de Stains à l’ombre de la Chauve-Souris
Tout commence à la fin de l’année 2010. Sous la plume du scénariste britannique David Hine et le coup de crayon du dessinateur Agustin Padilla, Bilal Asselah fait sa toute première apparition dans Detective Comics Annual #12.
L’origine du héros puise directement ses racines dans les tensions sociales qui ont marqué la France du milieu des années 2000. Élevé par sa mère à Stains, Bilal vit un drame fondateur digne des plus grands récits de comics. Piégés dans une émeute avec son meilleur ami Aarif, les deux adolescents sont violemment passés à tabac par les forces de l’ordre. Hospitalisé, Bilal promet à sa mère de ne pas céder à la spirale de la haine. Son ami Aarif, en revanche, choisit la voie de la vengeance et participe à l’attaque d’un commissariat, où il perd tragiquement la vie sous les coups de la police.
Rongé par le deuil mais refusant de se laisser sombrer dans la violence aveugle, Bilal fait le choix de s’interposer entre le chaos et la répression. Utilisant ses capacités hors norme en parkour (cette discipline urbaine popularisée par les Yamakasi), il enfile un masque gris, un pantalon noir et tague une chauve-souris sur son torse. Nightrunner est né.
Sa philosophie ? Empêcher la violence avant qu’elle n’éclate, sans parti pris pour les forces de l’ordre ni pour les émeutiers. Un positionnement complexe qui lui vaut d’abord la méfiance de sa propre cité, avant que Bruce Wayne et Dick Grayson (alors sous le costume de Batman) ne débarquent à Paris. Découvrant le potentiel hors norme du gamin du 93, Wayne décide d’en faire le représentant officiel de la franchise Batman, Inc. en France.
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Ninja des toits et gadgets de Gotham
Côté capacités, Nightrunner est une machine d’agilité. Là où Bruce Wayne mise sur une force brute et une technologie militaire à des milliards de dollars, Bilal utilise l’architecture urbaine comme un terrain de jeu infini.
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Agilité et Parkour : Grâce à une maîtrise parfaite de l’art du déplacement, il franchit les toits de la banlieue et les monuments parisiens à une vitesse hallucinante, défiant les lois de la gravité.
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Formation martial de Gotham : Pris en main par Dick Grayson (le premier Robin, lui-même acrobate accompli), Bilal a suivi un entraînement intensif aux arts martiaux et au maniement des armes non létales.
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L’attirail Bat-Tech : En tant que membre officiel de la ligue internationale de Batman, Nightrunner hérite de la fameuse ceinture utilitaire, du grappin rétractable et des emblématiques batarangs, lui permettant de rivaliser avec les pires menaces de la capitale.
Et des menaces, il en affronte ! Le personnage s’est illustré en luttant contre les évadés du Jardin Noir (l’équivalent français de l’Asile d’Arkham), affrontant des super-vilains hauts en couleur comme Sœur Cristal, Ray Man. Et même, Le Fils de l’Homme, un criminel défiguré au masque inspiré par les tableaux de René Magritte et arborant un sourire rappelant celui du Joker. Qui plus est, il s’est même payé le luxe de défendre le musée du Louvre aux côtés du dynamique duo de Gotham !
La polémique américaine : Quand les blogs conservateurs pètent un câble
Mais il est impossible de parler de Nightrunner sans évoquer la tempête médiatique qui a suivi sa naissance. En choisissant un héros français, musulman et issu de l’immigration pour incarner l’image de Batman dans l’Hexagone, David Hine et DC Comics voulaient refléter la diversité culturelle de la France contemporaine. Evidemment, un tel sujet ne peut passer sans critiques, heurts et autres chamailleries. A plus forte raison de nos jours, dans notre pays, souvent déchiré concernant les questions liées à l’immigration.
Toutefois, outre-Atlantique, la pilule est encore plus mal passée auprès d’une frange de la droite ultra-conservatrice américaine. Dès la publication du comics, des blogueurs politiques se sont déchaînés sur le web, criant au scandale et au “politiquement correct”. Certains affirmaient que DC Comics n’avait pas trouvé “un vrai Français” pour porter le masque, s’indignant de voir un super-héros musulman représenter la France.
Ironie de l’histoire : Cette controverse stérile a offert à Nightrunner un coup de projecteur absolument gigantesque. Les articles de presse se sont multipliés des deux côtés de l’Atlantique, propulsant ce personnage secondaire sous le feu des projecteurs. En France, le comics s’est arraché en librairie spécialisée, le public saluant l’audace et la modernité d’un héros ancré dans une réalité urbaine palpable.
Un symbole de diversité dans l’histoire des Comics
L’histoire des comic books américains a toujours été le miroir des évolutions sociétales. De la création de la Panthère Noire chez Marvel en plein mouvement des droits civiques dans les années 60. A l’arrivée de personnages comme Miles Morales ou Ms. Marvel (Kamala Khan), l’industrie de la bande dessinée cherche sans cesse à renouveler ses figures héroïques.
Ainsi, avec Bilal Asselah, DC Comics a prouvé que l’héritage de Batman pouvait transcender les frontières de Gotham City et s’adapter aux problématiques d’une jeunesse française en quête de repères et de justice. Plus qu’un simple sidekick international, Nightrunner incarne cette idée chère à Bruce Wayne : Batman n’est pas qu’un homme, c’est un symbole. Et ce symbole peut pousser sur les toits de Gotham comme sur ceux de Clichy-sous-Bois.
Alors, connaissiez-vous ce Batman made in France ? Aimeriez-vous le voir débarquer un jour dans un jeu vidéo Arkham ou dans une adaptation animée ? De notre côté, cette association avec le plus populaire des super-héros DC Comics n’est clairement pas pour nous déplaire. A quand une Justice League 100% tricolore ?
Article publié le 12/08/2026 à 6h05
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